The Golden Sufi Center

The Return of the Feminnine

Le Retour de l’Eternel féminin et l’Âme du monde
Llewellyn Vaughan-Lee


Extraits en français:
Avant—Propos de Sandra Ingerman
Introduction de Llewellyn Vaughan-Lee

Chapitre 1: La réhabilitation du mystère féminin de la création

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AVANT—PROPOS
de SANDRA INGERMAN

J’ai rencontré Llewellyn Vaughan en 2005. Depuis, j’ai suivi ses écrits sur le féminin divin, et ce travail parle à mon cœur ; je le ressens aussi bien en tant que femme qu’en tant que pratiquante du chamanisme. Même si nous surfons chacun sur des vagues différentes, nous aspirons au même rivage.

Les enseignements indigènes abordent le féminin divin d’une manière cruciale pour notre guérison et pour celle de notre planète. Nous savons depuis des milliers d’années que tout ce qui existe dans ce monde est vivant et a un esprit. Nous sommes reliés à un réseau vivant sur lequel tout ce qui vit a une influence. Cette compréhension ancienne du féminin divin, l’unité interdépendante de toute la création, est le thème central de l’œuvre de Llewellyn. Il affirme que lorsque nous parlons à l’âme des arbres, des rochers et des rivières, c’est au divin à l’intérieur de la création que nous nous adressons.

Il existe une pratique chamanique issue de différentes traditions, appelée l’écoute profonde. A travers elle, nous apprenons comment éviter de continuer à détruire le monde. Les réponses reposent dans la nature qui nous prodigue toujours son enseignement. Elles sont également dans notre dimension intérieure, notre sagesse. Nous devons déplacer notre énergie de la tête jusqu’au cœur. Il nous faut nous souvenir de ce que nous aimons dans la vie, cela nous ouvre un espace de respect et d’émerveillement, où nous rejoignons notre passion. Nous devons nous rappeler comment honorer et respecter la vie à chaque respiration, chaque pas, chaque parole et chaque pensée. Ce que nous bénissons nous bénit en retour.

On peut pratiquer l’écoute profonde pour aller au-delà de ce que notre écoute ordinaire nous laisse percevoir, et retourner jusqu’aux rives de l’invisible, de la lumière du féminin, de la connaissance et de l’amour qui nous relie tous les uns aux autres. Pour servir réellement la planète, il nous faut reprendre contact avec la connaissance féminine intérieure qui nous enseigne le changement venant de l’être plutôt que du faire.

Dans « Le Retour de l’Eternel féminin et l’Âme du monde », Llewellyn expose de manière unique ces principes ainsi que bien d’autres. Son don pour l’écriture va au-delà d’une approche purement intellectuelle. La véritable teneur de son don consiste à trouver les mots qui vont jusqu’aux cellules de notre corps, comme une fleur après un violent orage absorbe la lumière du soleil qui donne la vie. Llewellyn crée ainsi un espace au-delà de la pensée, qui nous permet d’entrer en contact avec le lieu oublié et négligé de la connaissance sacrée, et à en vivre les enseignements.

J’ai lu tous les livres de Llewellyn Vaughan-Lee et chacun d’eux a été pour moi une source d’inspiration. Dans le présent ouvrage, Llewellyn rassemble ses enseignements sur le féminin qui, insiste-t-il encore et encore, est essentiel pour le travail de guérison holistique ainsi que pour la transformation et la régénération de l’existence. Il nous remet en mémoire les secrets originels de la création qui relèvent du féminin. Il met l’accent sur le fait que cette connaissance profonde est, par sa nature, inséparable du corps de la femme et de son savoir intérieur, et sur le besoin crucial que nous en avons en cette période de grande crise. Cette connaissance est nécessaire pour revitaliser l’existence et pour qu’elle soit vécue comme il est voulu qu’elle le soit. Il nous rappelle également notre ancienne compréhension de l’anima mundi, l’âme du monde, et combien sa présence est vitale à notre époque. Il est temps pour nous de convoquer à nouveau l’âme du monde et ce, en honorant son énergie porteuse de vie.

Je sais que ce livre inspirera tous ceux qui le liront. Alors, je vous en prie, commencez votre lecture.

—SANDRA INGERMAN
Auteur de Medecine for the Earth et de How to Heal Toxic Thoughts
www.sandraingerman.com

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INTRODUCTION
de Llewellyn Vaughan-Lee

Cette introduction est essentielle pour que le lecteur comprenne
le bien-fondé de cette compilation et sa contribution à cet instant précis.


L’assemblée est emplie de parfum
lorsque l’on parle d’elle
et son nom est sur toutes les lèvres.
— Ibn ‘Arabî

Les chapitres suivants sont une compilation de mes écrits sur le féminin entre 1991 et 2008. Au cours de ces années, j’ai écrit, donné des conférences et des interviews sur le thème du principe féminin, le féminin sacré. Auparavant j’avais relaté mon expérience du féminin d’un point de vue psychologique : l’anima ou forme de l’âme dans ma psyché telle qu’elle s’exprimait à travers des rêves et des images, dans ses aspects à la fois sombres et lumineux, dans sa puissance et sa beauté. C’est à partir de ce lien intérieur avec un féminin trop souvent rejeté, mal compris et maltraité que j’ai commencé à valoriser et à comprendre le rôle du féminin dans la quête spirituelle, l’importance de l’écoute, de la réceptivité ainsi que celle de l’espace sacré nécessaire à une renaissance spirituelle et à la vie de la nostalgie de l’âme.

Ces qualités féminines appartiennent aussi bien à l’homme qu’à la femme et elles nous entraînent dans la profondeur et le mystère de notre âme, dont la sagesse est appelée Sophia. Elles nous remettent aussi en lien avec la douleur primale du féminin qui a été mis à mal par notre culture masculine. Nous pouvons faire l’expérience de ses larmes et de ses blessures, et ressentir sa douleur qui est aussi celle de notre âme. Dans le domaine du féminin, tout est relié, rien n’est exclu. Et en travaillant avec de nombreuses personnes, des femmes en particulier, en écoutant leurs rêves et leur histoire, j’ai commencé à percevoir de quelle manière cette douleur, ce déni, était une blessure en chacun de nous et combien cette souffrance avait besoin d’être comprise et pardonnée si nous revendiquons notre véritable héritage spirituel, à savoir cette connaissance innée du féminin et la sagesse de la terre.

Ce voyage m’a fait dépasser ma quête individuelle et ressentir le drame de l’univers, la souffrance de la terre et sa nostalgie à s’éveiller du cauchemar de l’exploitation et de l’avidité patriarcale. J’y ai fait l’expérience du besoin pressant qu’il y avait à restaurer la sagesse et le pouvoir des déesses ainsi que leur potentiel de guérison et de transformation. J’ai entrevu de quelle façon cette énergie était particulièrement présente chez les femmes, et le rôle crucial qu’elles ont à jouer pour restaurer le féminin sacré et réapprendre à travailler avec lui. Bien que le féminin soit une partie importante de la psyché de l’homme, les femmes portent sa sagesse et son pouvoir dans chaque cellule de leur corps et ce sont elles qui ont la responsabilité de réactiver son potentiel.

Dans l’histoire de notre relation à la terre, j’ai été conduit plus loin et j’ai retrouvé l’ancienne compréhension de l’anima mundi, l’âme du monde, le principe divin au sein de la création. De tout temps et dans toutes les cultures, il a existé une relation avec l’anima mundi ainsi que des moyens de travailler avec elle, de lui faire place dans le quotidien, en particulier à travers l’art et l’imagination. La conscience féminine a besoin de notre attention dans notre existence afin que notre civilisation et notre monde soient rédimés. Sa plainte a besoin d’être entendue, sa compréhension est arrivée jusqu’à notre conscience.

Mon voyage spirituel a suivi le chemin soufi de l’amour dont les mystères du cœur ont toujours donné une place centrale au féminin. Pour le voyageur soufi, c’est la qualité féminine de la nostalgie amoureuse qui nous fait revenir vers notre Bien-Aimé. L’amoureux mystique attend dans un profond espace de réceptivité féminine et d’inconnu que Se révèle le Bien-Aimé. Cette histoire d’amour entre l’âme et Dieu m’a beaucoup appris sur la relation avec le féminin, et la tradition soufie riche en images et en poésie mystique m’a aidé à percer une part de son mystère. L’on peut respirer le parfum de cette tradition amoureuse dans les pages qui suivent.

Bien que ces écrits soient tirés de mon itinéraire personnel, j’ai voulu mettre l’accent sur l’aspect de guérison du féminin et sur sa capacité à transformer le tout. Les premiers chapitres de cet ouvrage sont centrés sur notre besoin de revaloriser le féminin et de comprendre le rôle central qu’il a à jouer sur la guérison et la transformation du monde. Sa conscience naturelle renferme une profonde compréhension des interrelations de la vie, par là j’entends la façon dont tout est relié et dont son unité éveillée peut se déployer. Et, dans ses centres spirituels, chaque femme est dépositaire de la substance sacrée de la création dont la vie a besoin pour se régénérer. Sans la pleine participation du féminin, rien de nouveau ne naîtra.

Puis le lecteur est conduit dans les dimensions de l’anima mundi, dont l’ancienne sagesse et la compréhension de l’unité de la vie sont nécessaires à la rédemption du monde. J’ai intégré un appendice conçu dans une perspective psychologique et spirituelle sur le féminin qui commence cette exploration ; le voyage vers l’âme du monde commence en l’âme de chacun.

Dans la compréhension et la description du féminin, l’on se heurte à une difficulté : sa nature même est allusion, elle est entourée de voiles. L’autre obstacle rencontré est la répression patriarcale qui nie la sagesse et la puissance du féminin. Les anciens mystères féminins, leurs initiations et leurs enseignements, par exemple, n’ont jamais été consignés par écrit. Le féminin n’est ni défini ni arrêté aisément : ses mouvements et ses changements continuels le rendent mystérieux. Sa nature est celle de la lumière argentée de la lune et de ses innombrables reflets plutôt que la clarté frontale du soleil et ses constructions rationnelles. Elle est celle de l’allusion et de la suggestion et elle exprime le mystère et la matrice de création qui est une merveille plutôt qu’un objet que l’on peut expliquer.

Les chapitres suivants ne tendent pas à une explication rationnelle et linéaire, mais sont plutôt comme les facettes d’un miroir reflétant les différentes qualités féminines et correspondent à autant de façons d’être. Ces écrits se caractérisent par de nombreuses répétitions dans la mesure où chaque chapitre présente un thème récurrent traité dans une perspective légèrement différente et à travers l’ensemble du livre surgit une image subtile et complète de ce thème. De même, le mystère du féminin répète dans sa création un éternel cercle d’évolution. A tout instant, le miracle divin s’exprime et ce, d’une manière chaque fois légèrement différente.

La répétition se justifie après un si long et si profond conditionnement de négligence et d’oubli de la nature, de la qualité et de la valeur du féminin dans notre culture. Aussi est-il nécessaire de faire remonter cette notion à la conscience. Dans une culture aussi imprégnée de valeurs masculines que la nôtre, énoncer une fois ces thèmes longtemps oubliés peut se révéler insuffisant. Il est nécessaire de mettre l’accent sur le principe féminin et d’insister jusqu’à ce que ses qualités fassent à nouveau partie de notre relation à la vie. Plus nous nous souviendrons du féminin, plus celui-ci trouvera prise dans notre conscience individuelle et collective.

Le féminin appartient tant au monde intérieur qu’au monde extérieur de la création. Il est une part du mystère de l’âme, de la matrice du monde. Notre culture masculine est centrée sur un monde externe, qui peut être défini et mesuré, mais le féminin connaît une dimension différente – cachée à l’intérieur, dans l’obscurité souvent. La plupart des textes qui suivent appartiennent aux mondes intérieurs, domaine traditionnel du mystique, du chamane, du poète, de la prêtresse et du prophète. C’est à travers des visions et par l’imagination que l’on accède à ces univers souvent riches en symboles, en sentiments et en images, et que notre culture ne connaît pas bien ; notre langage est très pauvre pour les décrire dans la mesure où lui-même appartient à une culture masculine et rationnelle qui aime définir les choses plutôt que les suggérer. En lisant cet ouvrage, il est important que le lecteur reconnaisse les limitations du langage et qu’il permette à ce qui est au-delà des mots de lui parler.

Plutôt que d’apporter une explication logique et linéaire du rôle du féminin, les différents chapitres se proposent de conduire le lecteur dans sa sagesse et son mystère. Il n’existe pas une seule définition du féminin, mais il peut se produire un éveil à ses manières, à ses qualités et à ses pouvoirs. Je l’ai parfois appelé « le divin », « la déesse » ou « le principe féminin ». Le féminin n’aime pas être enfermé dans un seul nom ou dans une explication arrêtée. Il est une manière de se relier à la vie, à soi-même et au divin.

Rappelons aussi que le féminin divin ne s’oppose pas au masculin. Sa totalité sacrée inclut toute chose. Et quand je me réfère à l’aspect inconnaissable du divin qui est au-delà des formes ou de tout ce qui est connu comme « Lui », Il n’a pas de genre : ce « Lui » n’est pas masculin en opposition au féminin. Bien que nous devions vivre dans une culture dominée par la séparation, le divin est au-delà de toute division. Cependant, le féminin a un parfum et une magie bien à lui. Il est heureux que quelque chose de sa véritable nature puisse parvenir à notre conscience grâce à ces écrits. A travers eux, le féminin lève le voile sur certaines de ses qualités.

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Chapitre 1: La réhabilitation du mystère féminin de la création


« La création reconnaissait alors son Créateur sous les formes et les apparences qui étaient siennes. Car au commencement lorsque Dieu dit : « Que cela soit ! » et que cela fut, le sens et la matrice de création étaient l’amour parce que la création entière a été formée à travers elle, comme en un clin d’œil. »
— Sainte Hildegarde de Bingen

La matrice de la création

Le féminin est la matrice de la création. La vérité est profonde et fondamentale, et toute femme la connaît dans les cellules de son corps ainsi que dans son instinct. C’est de la substance même de son être qu’apparaît la vie. Elle conçoit et donne la vie, elle participe à l’immense mystère de faire venir une âme à l’existence. Nous avons cependant oublié ou nié la profondeur d’un tel mystère, oublié comment la lumière divine de l’âme crée un corps dans le ventre d’une femme, et combien la mère donne dans cette merveille, elle qui offre son sang et tout son corps à celui qui va naître. Notre culture a mis l’accent sur l’aspect désincarné et transcendant de Dieu, elle a ainsi écarté la femme et nié le caractère sacré du simple mystère de l’amour divin.

Nous ne nous rendons pas compte que ce déni patriarcal affecte non seulement chaque femme mais la vie elle-même. Lorsque nous renions le divin mystère du féminin, nous renions un aspect fondamental de la vie. Nous séparons la vie de son centre sacré, de la matrice qui nourrit toute la création. Nous coupons notre monde de la source qui seule est à même de guérir, de nourrir et de transformer. Nous avons besoin de cette source, qui a donné vie à chacun de nous, pour donner un sens à notre existence, pour la nourrir de ce qui est réel, et pour nous révéler l’énigmatique et divin but dans le fait d’être en vie.

L’humanité occupe une place centrale dans l’ensemble de la création, c’est pour cette raison que lorsque nous nous nions nous-même, nous nions la totalité de la vie. En niant son pouvoir sacré et son but au féminin, nous avons appauvri la vie à un point inimaginable. En effet, nous avons occulté la source sacrée du sens de la vie ainsi que son dessein divin, connu des prêtresses. L’on pourrait croire que leurs rites de fertilité et leurs diverses cérémonies n’étaient qu’une réponse au besoin de procréation ou de récolte fertile. Dans notre culture contemporaine il nous est impossible de comprendre qu’un mystère plus profond se jouait là. Il s’agissait d’établir consciemment un lien intérieur entre la vie et sa source, cette source étant porteuse de la vie tout entière comme une incorporation du divin, et ouvrant ainsi à la merveille du divin présent à chaque instant.

Le temps des prêtresses, des temples et des cérémonies est révolu, et la sagesse du féminin n’a pas été transcrite, elle a été transmise oralement (le logos est un principe masculin) ; cette connaissance sacrée est par conséquent perdue. Il nous est impossible de faire revenir le passé mais nous pouvons témoigner d’un monde dont cette sagesse est absente, d’un monde exploité par notre avidité et notre pouvoir, d’un monde que nous violentons et que nous polluons avec insouciance. Alors peut commencer le travail de retrouvailles avec le féminin et de reprise de contact avec le divin en tant qu’il est le cœur de la création. Nous sommes à même d’apprendre à œuvrer avec les principes sacrés de la vie. Sans l’intercession du féminin divin, nous demeurons dans le désert physique et spirituel que nous avons créé et nous transmettons à nos enfants un monde malade et désacralisé.

Le choix est simple. Pouvons-nous encore nous rappeler le tout qui est en nous, le tout qui unit l’esprit et la matière ? Ou bien voulons-nous continuer à descendre plus bas encore sur le chemin de l’abandon du divin féminin, sur cette voie qui a coupé la femme de sa connaissance et de son pouvoir sacrés ? Si nous choisissons la première possibilité, nous commençons à réhabiliter le monde et ce, non selon une stratégie masculine, mais selon la sagesse du féminin, de la vie elle-même. Si nous optons pour l’autre issue, nous parviendrons sans doute grâce aux nouvelles technologies à quelques solutions superficielles. Mais il n’y aura là aucun changement réel. Un monde qui n’a plus de lien avec son âme ne peut guérir. Sans la participation du féminin divin, rien de nouveau ne peut surgir.

Le retour à sa sagesse sacrée

Si la connaissance du féminin sacré a été perdue, comment savoir que faire ? Un aspect de la sagesse du féminin consiste à attendre, à être à l’écoute, réceptif. La femme ne sait pas consciemment comment amener la lumière d’une âme dans son ventre et l’aider à former un corps. Pourtant ce mystère a lieu en elle. Elle ne sait pas non plus consciemment comment nourrir cette lumière par sa propre lumière, de la même façon qu’elle donne son sang pour aider le petit corps à grandir. Elle est le mystère de la naissance de la lumière dans la matière et sa grossesse est une période de réceptivité, d’attente, d’écoute et de ressenti de ce qui se passe en elle. La Grande Mère et la femme sont un seul être, et si la femme écoute à l’intérieur d’elle, toute la connaissance dont elle a besoin lui est donnée.

Nous avons délaissé la simple sagesse féminine de l’écoute et, à notre époque submergée d’informations et de paroles, il est aisé de sous-estimer la connaissance instinctive qui vient de l’intérieur. Mais les principes sacrés de la vie n’ont jamais été transcrits, ils sont du domaine du battement du cœur, du rythme de la respiration et de l’écoulement du sang. Ils sont aussi vivants que la pluie, les rivières, la lune qui croît et qui décroît. Si nous apprenons à écouter, nous découvrons que la vie, la Grande Mère, nous parle et nous dit ce que nous avons besoin de savoir. Le monde dans lequel nous sommes est un monde qui est en train de mourir, et qui attend de renaître ; et il n’y a pas un mot dans les livres ou sur Internet qui nous dira quoi faire. Le féminin sacré peut partager avec nous ses secrets, nous dire comment être, comment mettre au monde son retour. Parce que nous sommes ses enfants, elle peut parler à chacun de nous, si nous avons l’humilité d’écouter.

Et comment pouvons-nous écouter ce que nous ne connaissons pas ? Comment pouvons-nous vouloir faire revenir ce que nous avons perdu depuis si longtemps ? Chaque moment est neuf. L’instant présent n’est pas seulement la progression des instants passés, il est nouveau à sa manière, qui est unique, complète et parfaite. Et c’est cet instant qui requiert notre attention. Ce n’est que dans l’instant qu’il nous est donné d’être conscients et d’avoir une réponse au réel besoin. Ce n’est que dans l’instant présent que nous pouvons être pleinement attentifs, et ce n’est que dans l’instant présent que le divin peut se manifester dans l’existence. Les hommes peuvent élaborer des plans, mais la mère attentive à ses enfants connaît le besoin réel du moment. Elle ressent dans son être, et selon un mode voilé pour le masculin, que tout est relié dans la vie. Elle sait qu’il est impossible de planifier alors qu’il y a tant de variables, mais qu’il existe une réponse qui vient de la sagesse et qui inclut l’ensemble dans toutes ses interactions. Le féminin divin nous demande d’être dans la totalité de la vie, sans jugement ni stratégie. Alors elle peut nous parler et nous révéler le mystère de sa renaissance.

Parce qu’il s’agit d’une naissance, le féminin doit exister non seulement comme une idée mais comme une présence vivante à l’intérieur de nous, hommes et femmes. En effet même si la femme vit dans son corps le féminin divin, l’homme en partage une part du secret, exactement de la façon dont un fils est porteur d’un aspect de sa mère et ce, d’une façon qui est cachée à ses sœurs. Nous avons néanmoins presque complètement oublié comment vivre le féminin : notre culture patriarcale a renié son pouvoir et sa réelle sagesse, elle les a aseptisés et s’est séparée de sa magie, qui appartient aux rythmes de la création. Cependant nous en avons besoin, et plus que nous ne le pensons.

Pour véritablement rencontrer le féminin divin, le principe de création de la vie, il nous faut être prêt à affronter sa colère, sa souffrance due aux violences subies. Pendant des siècles notre culture masculine a réprimé son pouvoir naturel, brûlé ses temples, tué ses prêtresses. A travers sa marche vers la maîtrise et sa peur du féminin, sa peur de ce qu’il ne peut ni comprendre ni contrôler, le système patriarcal a non seulement négligé le féminin mais l’a délibérément torturé et détruit. Il ne l’a pas seulement violé, il a déchiré le tissu même de la vie, le tout primal dont le féminin est toujours le gardien. Alors le féminin est en colère, même si sa colère a été réprimée en même temps que sa magie.

Accueillir le féminin, c’est reconnaître et accepter sa souffrance et sa colère, ainsi que le rôle que nous avons joué dans cette profanation. Les femmes aussi ont souvent collaboré avec le masculin, elles ont renié leur propre puissance et leur magie naturelle, au profit des valeurs et des façons de penser masculines. Elles ont trahi leur être le plus profond. Il nous faut veiller à ne pas nous faire prendre dans ces ténèbres, dans la dynamique de l’abus, dans la colère et la trahison.

Il est particulièrement facile pour les femmes de s’identifier à la souffrance du féminin et au mauvais traitement du masculin, et de projeter leur douleur et leur colère sur les hommes. Elles sont alors prises encore plus sûrement dans le tissu de la négation de toute transformation. Si nous nous identifions à la douleur du féminin nous devenons aisément un agent de sa colère, plutôt que d’entrer profondément dans le mystère de la souffrance, dans la lumière toujours cachée dans l’obscurité. Parce que dans les abysses du féminin se trouve la connaissance du mal en tant que processus de création. La Grande Mère incorpore le tout et ce tout contient également ce qui la nie. Nous avons besoin d’Elle si nous voulons survivre et renaître.

Comme toute naissance, la véritable transformation nécessite autant l’obscurité que la lumière. Nous savons que le féminin a été mis à mal, tout comme la planète continue à être polluée. Mais la femme qui a fait l’expérience de la souffrance de l’accouchement, qui sait le sang de la naissance, est aussi initiée à l’obscur. Elle connaît les cycles de la création selon des modes cachés au masculin. Elle éprouve le besoin de se donner et d’offrir sa connaissance à ce cycle de mort et de renaissance, et ainsi d’honorer la douleur qu’elle a endurée. Elle découvre alors que sa magie et sa puissance renaissent, qu’elles lui reviennent selon des voies qui ne peuvent plus être contaminées par le masculin et son pouvoir. Mais sans sa pleine participation, l’enfant risque d’être mort-né. Alors le cycle présent de création ne peut actualiser son potentiel.

En premier lieu, il nous faut reconnaître la souffrance du féminin, de la Terre, sinon la lumière à l’intérieur du féminin nous sera cachée. Nous devons payer le prix de notre désir de dominer la nature et de nos actes outrecuidants. Nous ne sommes pas séparés de la vie, du vent et du temps qu’il fait. Nous faisons partie de la création, nous devons lui demander pardon et prendre la responsabilité de nos comportements et de nos actions. Il faut que nous entrions dans l’ère suivante consciemment et en reconnaissant nos fautes. Alors nous pourrons pleinement honorer et entendre le féminin. Mais il y a toujours la possibilité que nous ne franchissions pas cette étape ; que, tels des enfants rebelles, nous ne reconnaissions pas la souffrance que nous avons infligée à notre mère, et que nous ne revendiquions pas l’ensemble qu’elle incarne. En ce cas, nous demeurerons dans l’obscurité qui commence à dévorer nos âmes : les promesses creuses du matérialisme, le monde fracturé du fanatisme. Pour progresser vers la maturité, il faut toujours reconnaître ses erreurs et les torts que l’on a commis.

Naître à l’unité

Entrer dans la matrice du féminin est un véritable défi ; c’est honorer quelque chose d’aussi sacré et simple que la sagesse de la vie. Et alors qu’à l’échelle mondiale, nous sommes au bord du gouffre, nous avons bien davantage besoin de cette sagesse que nous n’en avons conscience. Combien de fois ce monde a-t-il été sur le point de disparaître, combien de catastrophes a-t-il dû affronter en des millions d’années ? A présent que, par notre ignorance et notre avidité, nous avons créé nous-mêmes nos désastres, notre premier pas consiste à faire appel à notre mère et à écouter sa sagesse. C’est alors que nous nous retrouvons dans un environnement très différent de celui que nous avions imaginé. Nous découvrons que des changements peuvent se produire dans les profondeurs de la création à laquelle nous appartenons et que la pollution et la douleur que nous avons causées font partie intégrante d’un cycle de vie qui inclut sa destruction apparente. Nous ne sommes pas seuls, même dans nos erreurs. Nous faisons partie de la création tout entière même si nous avons nié ce tout. Dans notre prétention, nous nous sommes coupés de la vie et pourtant, cette séparation est à jamais impossible. Ce n’est qu’une illusion de la pensée masculine. La séparation n’existe pas. Elle n’est qu’un mythe créé par l’ego.

Tout est partie intégrante de l’ensemble, y compris les erreurs et les catastrophes. En reprenant simplement conscience de cette réalité, nous nous apercevons que des changements se produisent et exigent notre participation et notre présence. Nous voyons que l’axe de la création est en train de se déplacer et que quelque chose est en train de naître d’une manière nouvelle. Nous sommes en train de renaître, non comme un individu séparé mais comme un tout. Notre conscience masculine ne dispose pas des images qui lui permettraient de s’en faire une idée, mais cela ne signifie pas que ce ne soit pas en train de se produire. Dans notre for intérieur, nous savons que l’époque actuelle est terminée et que ce temps de séparation arrive à son terme. Pour l’instant, nous en avons une perception plutôt négative : nous savons que les représentations que nous nous faisons de la vie ne sont plus un soutien et que le consumérisme est en train de tuer notre âme comme il tue la planète. Pourtant, nous sentons l’aube pointer au-delà de l’horizon même si nous ne pouvons pas la voir.

L’aube apporte une lumière et cette lumière nous appelle. Elle appelle nos âmes, si ce n’est encore nos esprits. Et il nous est demandé de l’accueillir et de l’incarner. Si nous osons dire « oui » à l’aube, nous découvrons que cette lumière est en nous et que quelque chose est en train d’y naître. Nous avons en partage un mystère : nous sommes la lumière cachée dans la matière qui est en train de s’éveiller.

Pendant des siècles, nous avons cru au mythe de la séparation au point de nous couper des autres et des énergies de la création qui sont notre soutien. A présent, une lumière toujours plus vive apporte la connaissance de l’unité. Cette unité porte l’empreinte de vie du divin. Elle nous est rendue à travers la lumière de l’éveil. La lumière de l’unité est un reflet de l’unité divine de la vie et dont chacun de nous est une expression. Il ne s’agit pas d’une idée métaphysique ; c’est simple. L’unité est en chaque respiration, dans le battement d’aile d’un papillon, dans chaque détritus laissé sur les trottoirs des villes. C’est la vie dont on ne fait plus seulement l’expérience à travers la vision fragmentée de l’ego, mais que l’on ressent dans le cœur et dans l’âme. C’est le battement de cœur de la vie, la reconnaissance de la création et de son créateur. Dans cette unité, la vie se célèbre elle-même et honore son origine divine.

Le féminin connaît l’unité. Il la ressent dans son corps et dans sa sagesse instinctive. Il connaît sa relation au tout de même qu’il sait nourrir ses enfants. Pourtant, jusqu’à présent, cette connaissance n’a pas apporté la lumière vive de la conscience masculine. Elle est restée cachée dans le féminin, dans ses instincts obscurs. Le féminin souffre car il ne sait pas utiliser cette connaissance dans notre monde rationnel et scientifique. Au lieu de la valoriser, il a joué aux jeux masculins et imité sa façon de penser en mettant de côté son sens de la relation et des structures qui appartiennent à la création.

Il est temps que la sagesse du féminin s’allie à la conscience masculine de sorte qu’une nouvelle compréhension de la vie dans sa totalité nous permette de guérir le monde. Les solutions actuelles des scientifiques ont été élaborées à l’aide d’outils d’analyse de type masculin, dans l’esprit de séparation qui est à l’origine des problèmes. Nous ne pouvons plus nous séparer du tout et le fait que nos problèmes soient mondiaux en est une bonne illustration. Le réchauffement climatique n’est pas qu’une image scientifique ou un concept ; c’est une réalité dramatique. En alliant la sagesse masculine et la sagesse féminine, nous parviendrons à comprendre la relation entre les parties et le tout et, si nous sommes à l’écoute, la vie nous dira comment corriger les déséquilibres.

Une lumière brille dans la vie ; c’est celle que les alchimistes appellent lumen naturae. Cette lumière peut s’adresser à la lumière de notre conscience. Il s’agit d’un dialogue originel de lumière à lumière, connu de toute guérisseuse qui se met à l’écoute du corps d’une patiente et qui lui permet de communiquer avec elle de lumière à lumière. Grâce à ce dialogue de lumière, elle sait où placer les mains, quelles herbes donner et quels points particuliers toucher. Cette communication directe associée à ses connaissances de guérisseuse produit ainsi une alchimie et réveille l’énergie du patient en réalignant le corps et l’âme. La véritable guérison se produit ainsi et ce qui est vrai pour une personne l’est aussi pour le monde, hormis le fait que nous sommes à la fois le patient et le guérisseur. Les blessures et le déséquilibre du monde sont nos blessures et notre déséquilibre, et les connaissances et la compréhension pour nous réaligner et réaligner le monde sont en nous. C’est là une partie du mystère de la totalité de la vie.

L’aspect féminin peut apporter une compréhension de la relation entre les différentes parties de la vie – ses structures relationnelles – et des interactions qui la nourrissent. Il peut nous aider à voir consciemment ce qu’il connaît d’instinct, à savoir que tout fait partie d’un ensemble vivant, organique, dans lequel toutes les parties de la création communiquent entre elles et où chaque cellule exprime le tout d’une manière unique. Cette connaissance instinctive alliée à une conscience masculine pourra alors s’exprimer par des mots et pas seulement par des sensations. Nous pouvons associer la science du mental et la lumière de la connaissance intérieure. Un projet pour la planète pourrait nous être donné pour vivre dans une harmonie créative avec l’ensemble du vivant.

Une nouvelle magie est là

Que signifie réhabiliter le féminin ? Cela signifie honorer notre lien sacré avec la vie qui est présent à chaque instant. Cela signifie prendre conscience que la vie est une et commencer à reconnaître les interactions qui constituent le tissu de la vie. Cela signifie prendre conscience que toute action, toute pensée affecte l’ensemble. Et cela signifie aussi permettre à la vie de s’adresser à nous. Les media et la publicité nous bombardent constamment d’impressions et il n’est pas facile d’entendre la voix de la vie. Mais elle est présente malgré nos peurs et nos désirs, nos angoisses et nos attentes. Et la vie attend que nous l’écoutions ; il suffit d’être présent et d’être attentif. Elle essaie de nous transmettre les secrets de la création afin que nous participions à la merveille qui est en train de naître.

Nous sommes en exil, dans un paysage stérile rempli de fantasmagories sans âme. Il est temps de rentrer chez nous, de réclamer ce qui nous appartient : la vie sacrée dont nous faisons partie. C’est ce qui nous attend et les signes apparaissent autour de nous. Pas seulement à travers notre insatisfaction et dans le sentiment que nous avons d’avoir été exploités et bernés. Ils transparaissent dans une magie qui commence à émerger, à la manière de battements d’ailes d’anges que nous ne voyons pas mais que nous sentons. Il nous est rappelé qui nous sommes réellement, il nous est rappelé la présence divine qui est en nous et dans la vie. Nous aspirons à cette magie, nous avons la nostalgie d’une vie unissant les mondes du dedans et du dehors. Il nous est seulement demandé d’être ouvert et réceptif, de dire « oui » à ce que nous ne pouvons ni voir ni toucher, mais seulement sentir et accueillir. Et pour chacun de nous, cette rencontre des mondes est différente et unique parce que nous sommes tous différents et uniques. C’est le caractère sacré de la vie qui s’adresse à nous dans notre propre langage. Pour le jardinier, c’est à travers la magie des plantes, pour la mère sous forme de quelque chose d’inattendu chez ses enfants – quelque chose de fugitif, encore inconnu – une promesse que nous connaissons et que nous avons attendue. Les enfants la sentent avant nous car pour eux, elle n’est pas si inhabituelle ; elle fait partie de l’air qu’ils respirent et de la lumière dans laquelle ils vivent. Ils n’ont pas encore été complètement bannis et peut-être grandiront-ils dans un monde qui gardera cette magie.

Le mystère du féminin divin nous parle de l’intérieur de sa création. Ce n’est pas un dieu éloigné dans le ciel, mais une présence, proche de nous, et qui a besoin d’une réponse. C’est le divin qui revient revendiquer sa création, c’est-à-dire ce que signifie la véritable merveille d’être en vie. Nous l’avons oublié de même que nous avons oublié ce qui est sacré alors que c’est une partie de nous-mêmes. Maintenant, le féminin a besoin d’être reconnu, non pas en comme un mythe ou une image spirituelle, mais comme une part de notre sang et de notre souffle. Il peut nous éveiller à une attente qui est dans l’air du temps, à une ancienne mémoire qui naît d’une façon nouvelle. Il peut nous aider à faire naître le divin qui est en nous et à l’unité qui nous entoure. Il peut nous aider à nous rappeler notre vraie nature.